l'anxiété et l'angoisse

Comment reconnaître l'angoisse, l'anxiété, la peur et le stress

L'histoire de Marie qui déteste les small talks

Marie, jeune femme compétente et pleine d'humour, souffre d'anxiété sociale. Chaque matin, en se levant, la première chose qu'elle ressent est cette une boule au ventre à l'idée de sortir de chez elle. Même si elle a un job qu'elle adore et dans lequel elle se sent à sa place, la pensée d'affronter le regard des autres la paralyse toujours. Pour la routine au travail, ça se passe plutôt bien. Mais elle évite les réunions et les discussions chill à la machine à café. Elle déteste les « small talks » sur le paillasson avec les voisins : les sujets comme la météo et comment arroser les anémones du balcon ne la passionne pas. Au bureau, elle redoute de dire quelque chose de déplacé ou de faire une erreur qui attirerait l'attention. À la pause de midi, elle préfère manger seule à son bureau, prétendant être submergée de travail, plutôt que de rejoindre ses collègues à la cafétéria. Elle n'y va que quand Samir y va. Il est le seul collègue avec qui elle a vraiment un lien de complicité. La plupart du temps, chaque interaction sociale est pour elle un gros défi ! Souvent son cœur s'emballe, ses mains deviennent moites, sa voix tremble... En rentrant le soir, elle ressasse les conversations de la journée, se critiquant sévèrement pour toutes les « bêtises » qu'elle a pu prononcer ou pour les choses qu'elle n'a pas osé dire. Les sorties entre amis, c'est un peu plus facile... Mais seulement quand elle connaît tout le monde. Si on l'invite chez des gens qu'elle ne connaît pas, c'est un supplice. Alors même quand une partie d'elle meurt d'envie d'y aller, elle préfère inventer des excuses pour esquiver. Toujours cette peur d'être jugée ou de ne pas être à la hauteur. L'anxiété sociale de Marie affecte de plus en plus son quotidien, la poussant à se replier sur elle-même et à éviter toute situation où elle pourrait se sentir exposée. Elle aspire à une vie plus trépidante et à des réactions plus sereine. Elle aimerait s'exprimer librement, montrer ce qu'elle a dans le ventre, son humour, ses connaissances ! C'est pesant de toujours craindre le regard des autres. Et puis il y a cette trouille de la solitude ! Chaque jour semble une montagne à gravir. Elle se sent différente et elle n'a jamais osé en parler à personne. Certains pensent qu'elle est un peu hautaine, froide... alors que c'est tout le contraire. Elle voudrait que les relations sociales soient plus simple, avoir plus d'amis, faire connaissance avec d'autres personnes.

J'avais fait un appel à vos besoins pour savoir quel sujet vous aimeriez voir abordé. Plusieurs personnes m'ont suggéré les thématiques de l'angoisse et de l'anxiété. Ça tombe bien, car les émotions, sont ma spécialité ! Explorons ensemble ce que sont l'angoisse et l'anxiété. Il y a énormément à dire et un seul article ne suffirait pas à couvrir tout le sujet. Je vais vous proposer une sorte d'introduction aux points clés à connaître, qui pourraient vous être utiles pour mieux comprendre vos sentiments d'angoisse et d'anxiété. Car oui, nous y sommes tous confrontés à certains moments de notre vie.

C'est quoi la peur ?

La peur est une des émotions de base, essentielle à notre survie. Elle se manifeste face à un danger et est liée à notre instinct de conservation, c'est pourquoi la plupart des êtres vivants la ressentent. Avoir peur, c'est être conscient qu'il y a un danger et se préparer à agir pour se protéger, se défendre, se mettre à l'abri.

La définition du dictionnaire, indique que la peur peut être ressentie face à un danger réel ou à la pensée de ce danger. Cette définition n'est pas suffisamment précise. J'apporterai ici une nuance : la peur est une réaction concrète à un danger réel, immédiat ou presque. On a peur face à un danger bien présent (ou en tout cas une perception qu'on a d'un danger bien présent. Par exemple, si vous entendez un bruit suspect au milieu de la nuit dans votre salon, les circuits de la peur vont se mettre à turbiner. Ce n'est qu'un fois que vous aurez compris que ce n'est que le chat du quartier qui s'est faufilé par la fenêtre pour squatter votre canapé que vous pourrez relâcher la pression et analyser à posteriori que le danger n'était pas si dangereux que ça). Par contre, le ressenti généré par la pensée d'un danger potentiel relève de l'angoisse ou de l'anxiété. Définissons donc ces deux termes.

L'angoisse et l'anxiété, qu'est-ce que c'est ?

L'angoisse n'est pas une émotion de base, mais plutôt un ensemble de sentiments générant des sensations de mal-être, des ressentis physiques et mentaux désagréables. C'est quelque chose de flou et indéfini qui apparaît en nous parfois sans raison précise. En français, on distingue l'angoisse de l'anxiété, mais dans d'autres langues, un seul mot désigne ces concepts (par exemple, en anglais, "anxiety" recouvre les deux). Pour certains courants de psychologie, l'angoisse est un degré maximal de l'anxiété... Il existe des troubles psychotiques graves appelés "angoisse de ceci ou cela", mais je ne vais pas aborder ces cas ici, car ils concernent des pathologies spécifiques. Pour une personne lambda, l'angoisse est souvent vue comme un degré avancé de l'anxiété.

Alors, qu'est-ce que l'anxiété ? C'est un puissant sentiment de crainte, d'inquiétude, lié à un événement futur. La notion de temporalité est ici cruciale, car l'angoisse est « autogénérée », hors contexte et liée à des projections. Souvent causée par des expériences passées qui ont ancré des schémas de pensée anxiogènes, elle se focalise sur ce qui pourrait arriver. Prenons l'exemple de l'éco-anxiété : c'est la peur de ce qui pourrait se produire à cause de la crise climatique. Bien que la menace soit réelle (les changements climatiques vont en effet entraîner des conséquences sur notre vie), le danger n'est pas encore présent, et les projections anxiogènes restent imaginaires et personnelles.

Pour résumer ce point important à retenir : contrairement à l'angoisse et à l'anxiété, la peur a un objet précis et réel. La peur se situe dans le moment présent. Quand c'est judicieux, elle peut être maîtrisable, à condition de ne pas nous exposer au danger ! Si vous vous retrouvez face à un ours en forêt, mieux vaut écouter votre peur et fuir plutôt que de la maîtriser et essayer de caresser l'ours ! L'angoisse et l'anxiété, en revanche, sont irrationnelles et orientées vers le futur.

Et le stress dans tout ça ?

Revenons à cette notion de temporalité ! C'est aussi ce qui différencie l'angoisse du stress. Le stress est une réaction physiologique déclenchée par des facteurs concrets et réels dans notre environnement ou notre corps, tandis que l'angoisse est liée à des projections futures, intangibles. Le stress provoque tout un tas de modifications physiologiques (sécrétion de certaines hormones, changements dans le rythme respiratoire, etc). Le stress peut être bénéfique, lorsqu'il a pour but de maintenir notre vigilance, en optimisant nos performances, ou nuisible s'il est trop intense ou chronique. Je ne vais pas approfondir ici, car le stress mérite un article à lui tout seul.

Que sont les crises d'angoisse et les troubles panique ?

Revenons une fois encore sur cette notion de temporalité. L'anxiété peut être un sentiment qui dure un certain temps, qui s'installe dans nos pensées à certains moments... mais elle peut aussi se manifester sous une forme ponctuelle : les CRISES D'ANGOISSES.

La crise d'angoisse est ponctuelle, aiguë, et s'accompagne de symptômes physiques précis (essoufflement, nausées, vertiges, frissons, douleurs thoraciques, tremblements, jambes flageolantes, malaises vagaux...). Ces symptômes physiques, ces signaux intéroceptifs, amplifient l'angoisse, créant un cercle vicieux. La crise survient souvent dans des situations bien spécifiques. Par exemple, certaines personnes ressentent ce type de crise chaque fois qu'elles se retrouvent dans un grand espace sans repères... Les personnes souffrant de ce type de crise se mettent ensuite à ressentir de l'angoisse à l'idée que cela se reproduise. Cette inquiétude de revivre une crise est appelée trouble panique, pouvant mener à des comportements d'évitement, comme l'agoraphobie (peur de la foule, des espaces clos ou vastes). La crise d'angoisse est limitée dans le temps et l'espace, durant en moyenne 20 à 30 minutes.

Anxiété ou dépression ?

Attention, l'anxiété peut parfois ressembler à la dépression dans ses symptômes. Une clé pour les différencier est encore cette notion de temporalité. L'anxiété est tournée vers le futur : crainte de ce qui pourrait arriver. Tandis que la dépression est tournée vers le passé : nostalgie, ressassement de ce qui était mieux avant ou de souvenirs pesants.

Voyons en détail l'exemple de deux types d'anxiété : le trouble anxieux généralisé et le trouble d'anxiété sociale. Ces exemples sont courants chez mes clients et clientes. De plus, il sont assez emblématiques et représentatifs de moments d'anxiété que nous traversons tous à un moment donné.

Le trouble anxieux de quoi s'agit-il ?

Le trouble anxieux se manifeste par de l'anxiété majeure, présente dans la vie de la personne au point d'avoir des conséquences sur son quotidien. Elle se manifeste par des symptômes psychologiques comme par exemple, l'irritabilité, l'impulsivité, la dépendance affective, la difficulté à se concentrer, la baisse des performances intellectuelles, l'incapacité à faire des projets, le désintéressement du quotidien, une vision négative de l'avenir, des craintes irrationnelles et sans fondement... Ce ne sont que des exemples mais l'essentiel concernant les aspects psychologiques est que l'impact des troubles anxieux sur la vie mentale est lourd et chronique. Le trouble anxieux a aussi des aspects physiques comme par exemple des troubles digestifs ou alimentaires, des douleurs, des tensions musculaires, des fourmillements, des palpitations, des envies fréquentes d'uriner, des insomnies, de la somnolence dans la journée, de la fatigue, des maux de tête, des vertige, des malaises... Ces troubles sont très divers et varient selon les personnes.

Est-ce que je souffre d'anxiété sociale ?

L'anxiété sociale repose sur deux piliers : la peur du jugement et la peur du regard des autres. On pourrait aussi l'appeler anxiété de performance finalement car elle implique la peur d'échouer, la peur de dire ou faire une bêtise. Tout le monde ressent plus ou moins d'anxiété sociale en fonction des situations et à des degrés divers. En effet, l'anxiété sociale fait partie des sentiments basiques essentiels à notre survie. Notre peur du rejet est essentielle car l'homme est fait pour vivre en groupe, et être rejeté de la société c'est courir le risque de mourir. Les hommes sont interdépendants les uns des autres. C'est peut-être un peu difficile à percevoir dans notre monde moderne, mais allez discuter de ça avec votre ancêtre pithécanthrope !

L'anxiété sociale devient problématique quand elle entraîne la mise en place de stratégies néfastes pour supporter les souffrances liées à cette anxiété envahissante (comme par exemple boire de l'alcool, manger à l'excès, prendre des médicaments, ou même éviter toute situation anxiogène jusqu'à parfois ne plus sortir). Environ 13 % de la population souffre de troubles anxieux plus ou moins importants. Cette peur du rejet est utile et normale ! Il n'est donc ni utile ni pertinent de la combattre. En revanche, on peut agir sur la souffrance qu'elle génère pour la réduire.

4 idées pour surmonter l'angoisse et l'anxiété :

1/ Comprendre que tout changement est progressif. Oubliez l'idée d'un déclic magique éliminant l'angoisse et l'anxiété d'un coup. Les progrès viennent graduellement, pas à pas. Relâchez la pression : vous n'avez pas à aller mieux d'un seul coup !

2/ On peut accepter l'idée que certaines situations sont angoissantes, cesser de combattre ce sentiment, comprendre que c'est normal de ressentir ça, qu'on n'est pas bizarre ou différent de ressentir ça, et arrêter de lutter contre ce sentiment car c'est une perte d'énergie. La peur du rejet est une question de survie. Autant l'accepter. Je sais, c'est facile à dire. Mais savoir que tout le monde ressent ça à un moment ou un autre, qu'on n'est pas quelqu'un de différent, ça peut aider.

3/ Affronter les situations anxiogènes plutôt que de les éviter. quand on est vraiment, vraiment anxieux, on vit les choses comme si on allait en mourir. En particulier dans les situations de type « crise d'angoisse ». C'est un sentiment qui peut être vraiment envahissant au point de préférer éviter les situations anxiogènes. C'est une stratégie qui ne paie pas. Car plus on évite la situation, plus elle devient angoissante. C'est un peu comme le monstre derrière la porte de Stephen King. Tant que la porte est fermée, on peut imaginer le pire monstre possible, mais quand on ouvre la porte et qu'on se confronte à ce qui se trouve derrière, le monstre n'est JAMAIS aussi gros, jamais aussi effrayant que tout ce qu'on avait pu imaginer. L'idée n'est donc pas de se jeter dans le grand bain sans bouée mais plutôt d'affronter les situations anxiogènes en augmentant peu à peu la difficulté et le rythme. Comme dans n'importe quel jeu vidéo quoi ! On ne commence jamais par le boss final ! Plus on participe à des moments de vie en groupe, plus on développe ses compétences sociales, plus on devient habile et serein dans les interactions, plus les neurones-miroirs (neurones de l'empathie) se développent. Plus je deviens capable de prendre en compte le point de vue de l'autre et plus je me sens tranquille avec ces sentiments d'anxiété. Je peux aussi choisir de porter mon attention sur tous les aspects agréables plutôt que de chercher à fuir ce qui est désagréable. En élargissant son champs de perceptions, en se concentrant sur la captation de tout ce qui est agréable dans la situation, de nouveaux schémas synaptiques (chemins de connexion entre les neurones) se mettent en place et deviennent peu à peu la nouvelle manière de percevoir les choses.

4/ Et puis bien sûr, ça peut aussi être une bonne idée de ne pas se mettre la pression à vouloir tout faire tout seul. Se faire accompagner peut être un bon moyen d'avoir plus d'énergie pour soi et pour se donner les moyens d'apaiser peu à peu la souffrance générée par les situations anxiogènes.

Pour conclure, il n'y a pas de bonne ou mauvaise émotion. L'émotion de base qu'est la peur, ou des sentiments comme l'angoisse, l'anxiété, ou encore des états comme le stress, sont utiles et nécessaires à notre survie. C'est lorsqu'ils génèrent trop de souffrance qu'il devient bénéfique de trouver des solutions pour apaiser ces souffrances. Non pas vaincre ou ignorer ces émotions mais bien atténuer les souffrances qui peuvent en découler.

Si vous avez des questions concernant les sujets abordés dans cet article ou sur d'autres thèmes annexes à celui-ci comme par exemple les phobies ou les TOCS, n'hésitez pas à commenter ou me contacter pour en discuter !

Vous pouvez écouter une version audio similaire à cet article dans l'épisode 11 de mon podcast D'HYP IMPACT disponible sur toutes les plateformes d'écoute.

 

13 % des gens souffrent d'anxiété sociale

La peur du rejet est une question de survie

L'anxiété liée à la peur du rejet nous est utile, elle est donc normale. Ce n'est pas sur elle qu'il faut agir mais bien sur la souffrance qu'elle peut générer. Appréhender les interactions sociales, c'est normal, en souffrir ne l'est pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

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