C'EST QUOI LA CONFIANCE EN SOI ?
Comment la cultiver ?
INTRODUCTION
Aujourd'hui, et pour répondre à des demandes qui m'ont été faites, j'ai envie de te parler d'un concept pas toujours très clair « la confiance en soi ». Et d'un autre sujet qui découle directement de celui-ci : la notion d'échec.
Je suis sûre que dans ta vie, ça t'ai déjà arrivé d'entendre quelqu'un t'encourager avec une phrase du type « aie confiance en toi », ou « crois en toi »... Généralement, quand une personne dit ça, elle a de bonnes intentions. Mais honnêtement : tu comprends ce que ça veut dire, toi ? L'injonction en elle-même est déjà un peu bancale. C'est un peu du même tonneau que « n'aies pas peur ! ». Si c'était aussi simple, ça se saurait !
Quand une personne dit manquer de confiance en elle, ce terme est assez flou en réalité. Si on prend l'expression au pied de la lettre « avoir confiance en soi » est-ce que c'est vraiment possible de ne pas se « faire confiance » ?
Commençons par donner une définition, si tu veux bien. D'après ma définition, ce qu'on appelle la « confiance en soi » c'est en réalité trois composantes différentes. C'est ce que je vais te détailler dans la première partie de cet article.
Et comme lorsqu'on parle de confiance en soi le sujet de l'échec n'est jamais loin, c'est ce qu'on va aborder dans la deuxième partie. On y parlera de construction de l'image de soi, de rapport au regard des autres et de l'importance de chaque réalisation menée à bien.
Enfin dans une troisième partie on parlera des cas particuliers des artistes et des entrepreneurs et entrepreneuses.
PARTIE 1 : LA « CONFIANCE EN SOI » ÇA N'EXISTE PAS VRAIMENT.
Comme je le disais dans l'intro de cet article, quand quelqu'un dit « Je n'ai pas confiance en moi », c'est souvent une expression un peu fourre-tout. Ça peut vouloir dire « Je ne suis pas sûre d'être capable de faire ça », ou « je me sens nul de manière un peu générale », ou encore « je ne suis pas capable de dire non même lorsque je le pense très fort ». Ce sont des exemples, mais il y a encore de nombreuses interprétations possible de cette expression. Le terme générique « confiance en soi » peut être la manière de parler de difficultés très variées d'une personne à l'autre.
D'après mes connaissances et ce que j'observe dans mon cabinet, on peut distinguer trois composantes que le langage courant regroupe sous le terme « confiance en soi ».
1. La première composante c'est la connaissance de ses compétences (basé sur l'auto-évaluation, ou encore ce qu'on appelle parfois le sentiment d'auto-efficacité)
Le sentiment d'auto-efficacité est un concept développé par le psychologue Canadien Albert Bandura. C'est la croyance qu'on a en sa propre capacité à accomplir une tâche spécifique dans un domaine précis. Ce n'est pas juste un sentiment un peu général de sa valeur du genre « je suis quelqu'un de bien » mais plutôt une perception ciblée du type « je suis capable de faire ceci ou cela ». C'est précis et contextualisé. Par exemple, tu peux avoir un sentiment d'auto-efficacité très élevé en cuisine et très bas concernant la prise de parole en public. Ce sont deux choses complètement indépendantes.
Lorsque ce sentiment d'auto-efficacité, cette connaissance de ses compétences personnelles dysfonctionne, alors la personne sous-estime systématiquement ses capacités réelles. Elle peut objectivement être compétente et pourtant elle ne se fait pas confiance sur sa capacité à réussir. Elle peut alors éviter les défis par peur d'échouer. Elle abandonne plus vite. Elle peut parfois interpréter les obstacles comme des preuves de son incapacité plutôt que comme des étapes normales d'apprentissage.
Bandura a montré que ce sentiment d'auto-efficacité se construit à partir de quatre sources :
-les expériences de maîtrise vécues
-l'observation d'autres personnes qui réussissent des tâches similaires
-les encouragements extérieurs
-les états physiologiques et émotionnels (indices du corps, gestion du stress...).
Dit de manière plus simple : on construit son sentiment de compétence en faisant, en voyant faire et en étant soutenu.
J'attire ton attention sur le fait que parfois, le sentiment d'incompétence peut être justifié. Il peut être sain d'avoir conscience qu'on doit s'améliorer dans un domaine. Le bon niveau de sentiment de compétence, c'est coller au plus près de la réalité. Coucou l'effet Downing-Kruger ! Coucou l'effet Google... Parfois, pour améliorer son sentiment d'auto-efficacité il peut être utile de perfectionner ses compétences pour de vrai.
L'importance ici c'est de construire son sentiment d'auto-efficacité sur du réel, du concret, sans se sous-estimer, en se jugeant avec justesse.
2. Deuxième composante de ce terme fourre-tout appelé confiance en soi : l'estime de soi
L'estime de soi c'est le jugement ou l'évaluation qu'une personne a de sa propre valeur.
Là il ne s'agit plus d'estimer si « je suis capable de faire quelque chose » mais bel et bien « est-ce que je vaux quelque chose ». C'est beaucoup plus profond, souvent inconscient, plus complexe et basé sur des facteurs plus abstraits. Les premières figures d'attachement, notamment, jouent un rôle très important dans la construction de l'estime de soi. Les aspects systémiques jouent également un rôle essentiel : culture, classe sociale, enjeux sociétaux, santé, environnement...
De nombreux psychologues ont travaillé et travaillent encore sur cette notion d'estime de soi.
Si on prend par exemple l'échelle d'estime de soi du sociologue Morris Rosenberg, elle permet de mesurer l'estime de soi comme une évaluation globale et affective de sa propre valeur en tant que personne.
Quand l'estime de soi dysfonctionne cela peut par exemple se manifester par une hypersensibilité au regard d'autrui, une tendance à se déprécier même en cas de succès, une difficulté à s'accorder le droit à l'erreur.
Souvent, une personne avec une faible estime de soi a du mal à séparer ce qu'elle fait de ce qu'elle est. Un échec n'est plus considéré comme une étape, une information sur une tentative, mais devient une confirmation de ce que la personne redoute : la confirmation qu'elle ne vaut rien.
Et c'est là que l'échec devient douloureux. Pas à cause de l'échec en lui-même mais à cause de la manière dont il est perçu, dont il est interprété.
Tu vas me dire « On n'a pas parlé de Jean-Michel, winner-né, toujours sûr de lui, et qui sait pertinemment qu'il saurait piloter un avion du premier coup si on lui laissait les commandes. ». En réalité, bien souvent, une personne qui semble trop sûre d'elle, qui monopolise l'attention, qui surestime ses capacités, est justement une personne qui compense plus ou moins consciemment son manque d'estime de soi.
3. Troisième composante de la confiance en soi : l'assertivité
L'assertivité, c'est la capacité à exprimer ses besoins, ses opinions, ses limites, de façon directe et respectueuse, sans agressivité ni soumission. Faire preuve d'assertivité c'est dire les choses en se respectant, en occupant sa place juste, de manière saine et équilibrée.
L'assertivité n'est pas quelque chose qu'on ressent comme avec le sentiment d'auto-efficacité ou avec l'estime de soi. L'assertivité est un comportement. Et ce comportement découle souvent des ressentis cités précédemment. Une personne qui ne se sent pas légitime, une personne qui a une faible estime de soi, une personne qui a un faible sentiment d'auto-efficacité... auront du mal à s'affirmer. Notamment parce que s'affirmer c'est prendre le risque d'être jugé, de décevoir ou d'être rejeté-e !
Quand l'assertivité dysfonctionne cela peut se manifester de différentes manières.
Première réaction possible : la passivité. On ne dit pas ce qu'on pense, on s'efface, on n'ose pas dire non...
Une autre réaction possible est l'agressivité. Dans ce cas, la personne compense le sentiment d'illégitimité en « écrasant » les autres, en s'imposant.
Qu'on s'efface ou qu'on s'impose par la violence, le résultat est une dégradation des relations. Ces relation compliquées engendrent de nouvelles expériences négatives qui viennent renforcer le manque d'assertivité et qui pérennise la boucle de mauvaise estime de soi.
PARTIE 2 : L'ÉCHEC, LE REGARD DE L'AUTRE, ET LA CONSTRUCTION DE L'ESTIME DE SOI
L'échec en soi, ou l'erreur de manière plus générale, ne devrait pas être un problème ! L'erreur et l'échec sont inévitables.
Il est essentiel de comprendre que l'échec n'est pas le problème. Ce qui peut poser problème c'est le rapport qu'on entretient avec l'échec.
Prenons par exemple le concept de mindset développé par la psychologue américaine Carol Dweck.
Le concept de « mindset » ou « mentalité de croissance » désigne une manière de penser selon laquelle les capacités et les talents humains peuvent être développés grâce à l'effort, à la persévérance et à l'apprentissage. Cette approche s’oppose à la mentalité fixe, qui considère que les aptitudes sont prédéterminées et immuables.
À travers ce concept, Carole Dweck cherche à étudier la manière dont les individus répondent aux difficultés. Dans un état d'esprit fixe, les qualités sont perçues comme innées et immuables. L'échec devient une menace identitaire : si j'échoue, c'est parce que je ne suis pas assez intelligent, pas assez talentueux, pas assez légitime. Dans un état d'esprit de croissance, les capacités sont perçues comme développables. L'échec devient une information, un levier d'apprentissage.
Et ce qui détermine dans lequel de ces deux états d'esprit on se trouve c'est en grande partie les retours qu'on a reçus au cours de notre vie. Ce qu'on nous a dit quand on échouait. Ce qu'on nous a dit quand on réussissait.
Le regard de l'autre est un élément essentiel de fondation du psychisme, mais il peut devenir une sorte de prison. On ne peut pas parler d'estime de soi sans parler du regard de l'autre. L'estime de soi se construit fondamentalement dans la relation. Le sociologue Américain Charles Cooley a formulé dès 1902 le concept de soi-miroir : nous nous voyons à travers ce que nous pensons que les autres voient en nous. Je répète cette phrase un peu complexe : nous nous voyons à travers ce que nous pensons que les autres voient en nous. Ce qui est important à comprendre c'est que ce qui agit ici ce n'est pas ce que les autres pensent de nous, mais ce qu'on pense qu'ils pensent de nous ! Tu comprends la nuance ?
En d'autres termes, notre image de nous-même est d'abord le reflet de ce que nous percevons dans les yeux d'autrui. On ne réagit pas tant au regard réel de l'autre qu'à notre interprétation de ce regard.
Les travaux récents en psychologie de l'éducation apportent un éclairage intéressant. Les recherches de Jennifer Henderlong Corpus et Mark Lepper sur les effets des avis positifs, notamment en classe, ont montré que tous les retours positifs ne se valent pas. Parfois, la validation externe comme les compliments ou l'approbation sociale peut avoir un effet profondément pervers. Si ton estime de toi est entièrement indexée sur cette validation externe, tu deviens dépendant de l'autre pour savoir si tu vaux quelque chose. Et cette dépendance est à la fois épuisante et foncièrement instable.
Parlons par exemple de l'estime de soi conditionnelle et de la spirale de l'échec.
Le travail du docteur Jennifer Crocker est très intéressant. Je t'invite à aller explorer sa News Letter « the ego equation ». Le Dr Crocker a développé le concept « d'estime de soi contingente ». L'idée est que l'estime de soi fluctue en fonction des performances, des succès et des échecs. Elle a montré que les personnes dont l'estime de soi dépend fortement de leurs résultats sont plus vulnérables. Ces personnes travaillent beaucoup et prennent moins de risques. Les personnes dont l'estime de soi dépend de leurs réussites ont de moins bonnes performances à long terme que celles des personnes dont l'estime de soi est stable et inconditionnelle.
Ce principe est au cœur du rapport à l'échec. Plus on a besoin de réussir pour se sentir valable, plus chaque échec est un coup porté à l'estime de soi. Et en même temps, moins les personnes prennent de risques, moins elles apprennent, moins elles progressent. C'est le serpent qui se mord la queue.
C'est là que les petites victoires entrent en scène. Neurologiquement et psychologiquement, les succès modestes mais concrets favorisent une dynamique positive qui se solidifie avec le temps et devient de plus en plus durable.
En neurosciences, on sait que chaque expérience de succès, même minime, active notamment le circuit de récompense dopaminergique. Et encore mieux : ce qui compte le plus pour ton cerveau ce n'est pas le résultat final mais le fait de progresser ! Parmi tous les facteurs qui influencent le bien-être et la motivation au quotidien, le sentiment de progresser dans un travail qui a du sens est le facteur le plus efficace ! En pratique, ça veut dire que prendre le temps de constater, voire de noter tes petites réussites quotidiennes, même celles qui te paraissent anodines, ce n'est pas un exercice naïf, ni un manque d'humilité, ni de l'auto-complaisance. C'est un réel exercice cérébral pour (ré)entraîner ton cerveau à percevoir les preuves de sa propre compétence. Chaque fois que tes circuits neuronaux se focalisent sur tes réussites, constatent tes compétences, cela nourrit activement ce sentiment d'auto-efficacité dont parlait Bandura. Porter son attention sur les petites victoires c'est mettre en place une démarche active de reconstruction de l'estime de soi depuis l'intérieur. Indépendamment du regard de l'autre.
PARTIE 3 : ARTISTES, ENTREPRENEURS : QUAND LA VALEUR SE JOUE À L'EXTÉRIEUR
Comme tu le sais, dans mon cabinet j'accompagne en particulier les artistes et les entrepreneur-euses. Parlons plus spécifiquement de ces deux catégories d'humains.
L'artiste est peut-être l'exemple le plus emblématique de ce lien entre valeur intrinsèque et validation externe. L'art, par nature, existe dans le regard de l'autre. Une œuvre qui ne rencontre pas son public est-elle vraiment considérée comme une œuvre ? Cette question philosophique a des effets très concrets sur la psychologie de nombreux créateurs et créatrices.
Dans son livre Les mondes de l'art Howard Becker montre que toute œuvre est le résultat d'une chaîne d'acteurs. Toute œuvre est en quelque sorte collective. Et surtout, la valeur d'une œuvre n'est pas une propriété intrinsèque mais plutôt quelque chose qui se construit socialement. La valeur d'une œuvre se construit dans un contexte, un réseau, selon des conventions, selon des institutions.
Pour l'artiste, l'impact de cet état de fait est terrible : sa valeur artistique ne se situe pas en lui. Elle est dehors, dans ce que le marché, les galeries, les collectionneurs, les critiques, décident d'en faire.
Parfois, une œuvre qui ne se vend pas peut se transformer pour l'artiste en une preuve de médiocrité. Des œuvres non exposées sonnent comme une condamnation. Un concert qui n'a pas de succès confirme qu'on n'est pas légitime.
Pour se sortir de cet engrenage, il faut désintriquer ces deux types d'évaluation. D'un côté la validation externe (une œuvre spécifique dans un contexte de marché précis qui dépend de facteurs économiques, sociaux, conjoncturels, culturels...) et de l'autre l'évaluation de soi en tant que créateur-ice (évaluer ses compétences, ses capacités à faire, ses aptitudes à ressentir, à exprimer...).
Un concept qui peut être intéressant pour les artistes est celui du flow. Si tu veux en savoir plus, tu peux aller écouter l'épisode sur ce thème que nous avions fait en duo avec Manu Winter. Le flow, selon le psychologue Csikszentmihalyi Mihaly, c'est cet état d'absorption totale dans une activité. Ses travaux ont montré que les artistes et créateur-ices les plus épanoui-es sont celleux qui tirent leur satisfaction de l'acte même de créer plutôt que de ses résultats externes. En effet, l'acte de créer lui-même, dans l'état de flow, est une expérience de compétence vécue de l'intérieur.
Ce qui est essentiel, c'est d'apprendre à se féliciter de ce qu'on a fait, indépendamment du résultat et de l'accueil que recevra l'œuvre une fois achevée. Terminer l'écriture d'une pièce, explorer une nouvelle technique, oser un format inhabituel... toutes ces petites victoires créatives nourrissent un sentiment d'auto-efficacité qui ne dépend pas de la reconnaissance ou du succès extérieur.
Ce n'est pas de l'arrogance, c'est de la survie psychologique. Je le répète parce que je voudrais vraiment que tu réfléchisses à cela sans jugement. Se féliciter du travail accompli ce n'est pas de l'arrogance, c'est de la survie psychologique.
Abordons si tu veux bien le cas des entrepreneuses et entrepreneurs.
Les indés traversent des phénomènes similaires à ceux des artistes qu'on pourrait transposer dans un langage différent : celui des métriques. Les likes, les followers, les taux d'engagement, les chiffres de vente, les avis clients. Ces indicateurs ont un rôle opérationnel légitime dans le développement d'une entreprise car ils donnent de précieuses informations. Mais pour beaucoup d'entrepreneurs et entrepreneuses, ils ne sont pas juste utilisés comme indicateurs et variables d'ajustement. Ils peuvent se transformer en quelque chose de bien plus profond : une mesure de sa propre valeur et de sa légitimité en tant que personne.
Cette confusion entre valeur de soi perçue et KPI peut être délétère. Les réseaux sociaux amplifient ce risque. Ils en ont même fait le carburant qui nous rend accro. Tristan Harris, ancien designer chez Google, explique comment la mécanique des plate-formes est précisément construite pour exploiter notre besoin de validation sociale. Je t'en reparlerai bientôt dans un prochain article ainsi que dans mon atelier « dopamine menu pour se libérer des écrans ». Le like n'est pas un bouton anodin, c'est une gâchette qui joue sur ton système dopaminergique, agissant sur le même principe que les machines à sous pour provoquer une véritable addiction.
Ce que la recherche sur l'entrepreneuriat montre, notamment les travaux de Melissa Cardon sur la passion entrepreneuriale, c'est que les entrepreneurs et entrepreneuses qui réussissent sur le long terme sont celles et ceux qui ont une perception solide de leur identité. Il est essentiel de ne pas être ébranlé-e à chaque pivot, à chaque échec, à chaque création de produit qui ne prend pas. Les dirigeantes et dirigeants qui tiennent dans le temps ont construit une image d'iels-mêmes d'apprenant-es, d'expérimentateur-ices, et ne se jaugent pas à l'aulne des résultats obtenus.
La bonne question à te poser en tant qu'entrepreneur-euse c'est à quoi te sert de suivre tes métriques. Est-ce que tu le fais pour prendre des décisions, pour ajuster tes actions, ou est-ce pour savoir si tu es légitime ? Si la deuxième réponse prend beaucoup de place, peut-être qu'il pourrait être intéressant de travailler sur ton estime de toi. C'est quelque chose que tu peux travailler grâce à mon accompagnement. Réserve un appel découverte si tu veux en savoir plus, pour qu'on voit ensemble si je peux t'aider sur ces questions.
Changer ton regard sur ces métriques est vital pour préserver ou développer ton estime de toi. Concrètement il s'agit de te poser des questions comme « Est-ce que j'ai appelé un client aujourd'hui ? », « Est-ce que j'ai appris quelque chose d'intéressant concernant mon marché ? » , « Est-ce que j'ai eu une conversation authentique avec quelqu'un que mon offre peut aider? » plutôt que « Est-ce que mon post a dépassé les 500 likes? ». Dois-je te le rappeler, un like n'est pas une vente... Chaque petit accomplissement est une brique pour construire ton sentiment de légitimité et ton expertise.
CONCLUSION
Les points clés de cet article sont que le terme « confiance en soi » est un fourre-tout dans lequel on peut distinguer 3 parties principales. La connaissance de ses compétences, l'estime de soi, et l'assertivité. Chacune de ces 3 parties peut avoir des failles, avec des effets différents.
Autre point important : ce n'est pas l'échec qui est un problème mais le regard qu'on pose sur l'échec. La perception qu'on a de ses échecs dépend souvent du regard de l'autre.
Pour les artistes comme pour les entrepreneurs, la dépendance à la validation externe est une mécanique particulièrement délétère. Notamment car les environnements artistiques et entrepreneuriaux sont précisément construits pour alimenter ce besoin de validation externe.
Pour sortir de cette corrélation entre estime de soi et validation externe, il ne s'agit pas de nier le regard de l'autre mais de reconstruire un regard sur soi depuis l'intérieur. Cette reconstruction passe, par exemple, par l'attention portée aux petites victoires du quotidien. Ces moments où on a fait, où on a essayé, où on a appris, où on a progressé. L'objectif n'est pas d'atteindre la perfection mais de faire de son mieux et de progresser pas à pas, un peu chaque jour.
BONUS : MES RECOMMANDATIONS CULTURELLES
Imparfaits, libres et heureux de Christophe André (2006)
Selon Christophe André, chercher à avoir une estime de soi élevée est une mauvaise stratégie. Il vaut mieux viser une estime de soi stable. Une estime de soi assez solide pour ne pas s'effondrer à chaque échec. Une confiance en ses capacités suffisamment souple pour ne pas dépendre de la performance ou du regard d'autrui.
Les trois piliers de l'estime de soi selon André :
- l'amour de soi
- la vision de soi (percevoir ses qualités et ses limites de manière réaliste)
- la confiance en soi (croire en sa capacité à agir et à faire face)
Une estime de soi fragile résulte souvent d'un déséquilibre entre ces trois pôles.
Le livre décrit deux défaillances symétriques.
D'un côté, les personnes à faible estime de soi qui s'autocritiquent avec excès. Ces personnes évitent souvent les défis. Elles ont besoin de validation externe et interprètent chaque difficulté comme une confirmation de leur incapacité. De l'autre, les personnes qui ont une estime de soi gonflée ou fragile. Ces personnes se protègent souvent derrière une apparente arrogance. Elles peuvent être dans la compétition permanente ou dans le déni de la réalité. Leur estime de soi s'effondre brutalement quand la réalité résiste.
Pour consolider l'estime de soi, Christophe André préconise de mettre le focus sur les petites victoires. Il est très important de prendre conscience et de mémoriser ses réussites quotidiennes, même si elles semblent très modestes.
Voici quelques exemples d'exercices concrets :
- tenir un journal de ses accomplissements du jour
- prendre le temps de penser à ce qui s'est bien passé plutôt que ne retenir que les erreurs
- apprendre à recevoir un compliment sans le détourner ou le minimiser
Il ne s'agit pas de pensée positive ésotérique ou bébête. L'idée est de rééduquer sont système attentionnel. Il s'agit de surmonter ce que les neurosciences cognitives appellent le biais de négativité (la tendance naturellement du cerveau à surévaluer les menaces et à sous-évaluer les succès).
Enfin, il est bénéfique de se détacher du regard de l'autre. Christophe André considère la dépendance à la validation externe comme l'une des principales sources d'une estime de soi instable.
Être sensible au regard d'autrui est normal et utile mais il ne faut pas devenir esclave de l'approbation des autres.
Voici quelques exemples d'exercices concrets :
- apprendre à se donner à soi-même les encouragements qu'on attend des autres.
C'est en acceptant d'être imparfait que l'énergie pour progresser se libère. Plus on lutte contre se qu'on croit être ses failles, plus on renforce les perceptions négatives qu'on a d'elles. L'acceptation n'est pas la résignation mais plutôt un regard bienveillant sur soi pour une relation à soi plus apaisée.
Les Vertus de l'échec de Charles Pépin (2016)
Selon Pépin, en France, échouer est mal perçu. On y voit une faiblesse voire une faute alors qu'il s'agit plutôt d'une preuve d'audace et d'expérience acquise. L'échec n'est pas l'opposé du succès mais plutôt une étape obligatoire.
L'échec fait partie de la condition humaine. Par exemple, un enfant doit chuter environ 2000 fois avant de maîtriser la marche. L'échec n'est donc pas une anomalie mais la voie normale du développement humain.
Le philosophe distingue deux façons d'envisager l'échec. Selon la logique existentialiste (Sartre, Beauvoir, Kierkegaard, Levinas...) : échouer, c'est se demander ce que nous pouvons devenir et donc un tremplin vers autre chose. Selon la tradition psychanalytique et la logique de l'être : échouer, c'est se demander qui nous sommes vraiment et donc quel est notre désir profond.
Il faut faire la différence entre « avoir raté » et « être un raté ». Quand on échoue c'est seulement un projet qui n'a pas abouti.
Le livre est très intéressant car il donne de nombreux exemples concrets de réussites et d'échecs dans le sport, l'art, l'industrie...
Pépin résume sa pensée ainsi : « Réussir sa vie, ce n'est pas vouloir à tout prix. C'est vouloir dans la fidélité à son désir. »
BIBLIOGRAPHIE :
Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review
Dweck, C. S. (2006). Mindset: The New Psychology of Success. Random House
Cooley, C. H. (1902). Human Nature and the Social Order. Scribner's
Crocker, J., & Wolfe, C. T. (2001). Contingencies of self-worth. Psychological Review
Henderlong, J., & Lepper, M. R. (2002). The effects of praise on children's intrinsic motivation. Psychological Bulletin
Weick, K. E. (1984). Small wins: Redefining the scale of social problems. American Psychologist
Csikszentmihalyi, M. (1990). Flow: The Psychology of Optimal Experience. Harper & Row.
Becker, H. S. (1982). Art Worlds. University of California Press
Cardon, M. S. et al. (2009). The nature and experience of entrepreneurial passion. Academy of Management Review
Cyrulnik, B. (2001). Les Vilains Petits Canards. Odile Jacob
André, C. (2006). Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l'estime de soi. Odile Jacob
Jodelet, D. (1989). Les Représentations sociales. PUF
Sartre, J.-P. (1943). L'Être et le Néant. Gallimard
Ricœur, P. (1990). Soi-même comme un autre. Seuil
Gaulejac, V. de (1996). Les Sources de la honte. Desclée de Brouwer
Ehrenberg, A. (1998). La Fatigue d'être soi. Odile Jacob
Lipovetsky, G. (1983). L'Ère du vide. Gallimard