améliorer l'attention

TON ATTENTION EST EN DANGER

Grâce à 3 livres géniaux, je t'explique comment reprendre le contrôle de ton attention

Est-ce que ça t'es arrivé récemment de commencer à lire un article, d'ouvrir un onglet, puis un autre, peut-être de répondre à un message, et dix minutes plus tard de te rendre compte soudain que tu as oublié l'article commencé ? Je suis presque sûre que cette situation te parle, ou que tu as déjà vécu quelque chose de similaire. Nous sommes nombreux et nombreuses dans ce cas ! Je te propose d'explorer avec moi le travail de 3 auteurs que j'ai trouvé passionnants et pertinents. Tu vas voir que ce problème d'attention que nous sommes un grand nombre à vivre résulte d'un système conçu pour accaparer notre attention. Et le prix à payer est cher !

Johann Hari est un journaliste et auteur britannique. Il a mené une enquête mondiale sur le vol systématique de notre attention par les grandes entreprises de la tech. 

Jean-Philippe Lachaux est chercheur en neurosciences cognitives à l'INSERM. Il dissèque les mécanismes cérébraux liés à notre capacité à nous concentrer, à focaliser notre attention.

Michel Le Van Quyen est directeur de recherche en neurosciences à l'INSERM et travaille à l'université de la Sorbonne. Suite à un burn-out personnel, il a exploré les bienfaits du silence sur un cerveau saturé de stimulations. 

Si on met en commun ces travaux on comprend qu'il y a danger ! Notre attention est menacée et il est urgent de la protéger car elle est précieuse !

I/ une vision neurologique Le cerveau attentif de Jean-Philippe Lachaux

Les neurosciences de la concentration au quotidien

Comprendre les mécanismes de l'attention

Jean-Philippe Lachaux aborde la question sous l'angle de la recherche en neurosciences. Comment le cerveau focalise-t-il son activité ? Directeur de recherche à l'INSERM à Lyon, il est l'un des premiers à s'être intéressé à la question de l'attention, à l'époque ou celle-ci n'était pas encore un enjeux. Lachaux a participé à des expériences pionnières notamment sur des patients épileptiques. Son travail porte, entre autre, sur les mécanismes cérébraux en temps réel.

Donner une définition de l'attention est une tâche difficile ! Pour Lachaux, l'attention n'est ni une faculté passive ni un simple filtre. L'attention est un processus actif, dynamique, qui demande un effort constant et que le cerveau module selon ses besoins et ses capacités.

Le mode par défaut : un allié précieux ou un adversaire redoutable ?

Dans son livre Le cerveau attentif Lachaux explique ce qu'est le mode par défaut de notre cerveau. Lorsque nous ne sommes pas engagés dans une tâche précise, le cerveau ne s’éteint pas, les neurones ne sont pas inactifs. Le mode par défaut correspond à l'activation de plusieurs régions cérébrales (notamment le cortex préfrontal médiant, le cortex cingulaire postérieur et l’hippocampe) impliquées dans la rêverie, la projection dans l’avenir, la réflexion sur soi et sur les autres. Le mode par défaut est un état cérébral fondamental, aussi important que les autres fonctions comme la veille focalisée, et qui remplit des fonctions cognitives indispensables.

Le mode par défaut n'est pas un défaut ! Il a plusieurs rôles précieux. C’est dans ces moments que le cerveau consolide les souvenirs (l’hippocampe intègre les expériences vécues dans la mémoire à long terme, un processus que Michel Le Van Quyen décrit lui aussi en détail dans Cerveau et silence). C’est également dans ces moments de relâche que surgissent les connexions inattendues, les intuitions, les solutions à des problèmes laissés en suspens. Qui n'a jamais eu une super idée sous la douche ou lors d'une balade ? La créativité naît souvent dans ce que Lachaux appelle la « pensée oisive ». Plus que dans la réflexion volontaire et forcée ! Sans ces moments d'ennui, de lâcher-prise, la pensée a tendance à se répéter plutôt qu'à se renouveler.

Mais le « mode par défaut » a un côté obscur. Il entre en compétition directe avec le réseau de l’attention focalisée. Car en effet, quand l’un s’active pleinement, l’autre se met en retrait. Le cerveau bascule en permanence entre ces deux modes. Ce balancement est entièrement normal. C’est même une preuve de bonne santé neurologique. Selon Lachaux c'est lorsque le mode par défaut s’active au mauvais moment que cela pose problème car cela peut interrompre une tâche en cours. Si nous n’avons pas appris à réguler ces transitions, elles peuvent entraver la concentration.

À cela s’ajoute un second risque, que Le Van Quyen et Hari soulignent tous deux : le mode par défaut, lorsqu’il est envahi par le stress chronique ou surstimulé par des sollicitations multiples, peut dégénérer en ruminations. Plutôt que de produire de la rêverie féconde ou des associations créatrices, il tourne en boucle sur des pensées négatives, des inquiétudes, des scénarios anxieux. Le Van Quyen décrit ce phénomène comme un « bruit intérieur » qui colonise l’espace mental et empêche le cerveau de bénéficier du silence qui lui permettrait de récupérer. Hari, lui, montre que les plate-formes numériques amplifient justement ce biais en noyant le cerveau avec des informations anxiogènes en continu. Ces informations anxiogènes maintiennent le cerveau dans un état d’agitation chronique, empêchant la rêverie dont nous avons tant besoin.

Les lois de l'attention

Lachaux décrit plusieurs principes fondamentaux qui gouvernent notre capacité à nous concentrer :

1- l'attention est sélective et limitée. Le cerveau ne peut pas traiter simultanément tous les stimuli qui lui parviennent. Il sélectionne en fonction de la saillance (ce qui est nouveau, brillant, menaçant), de nos objectifs conscients, et de nos habitudes. Ces trois sources d'attention entrent souvent en conflit.
2- l'attention se fatigue. Maintenir une concentration soutenue consomme des ressources cognitives. Au bout d'un certain temps de concentration, les performances chutent. C'est ce que les neurosciences désignent sous le terme « déplétion attentionnelle ».
3- l'attention peut s'entraîner. C'est le message le plus positif du livre. Les circuits cérébraux de l'attention sont plastiques : ils se renforcent avec la pratique. Lachaux insiste sur le fait que certains exercices (par exemple la méditation de pleine conscience) ont des effets mesurables et durables sur la structure même du cerveau.

L'école de l'attention

Une part importante du livre est consacrée aux apprentissages et aux stratégies qui peuvent être mises en place pour prendre soin de notre attention. On peut notamment se concentrer sur les enfants et le système éducatif. Lachaux parle du programme ATOLE (ATtention à l'écOLE), destiné à apprendre aux élèves à comprendre et à maîtriser leur attention. L'attention n'est pas un don réservé à certains élèves. C'est une compétence qui peut et doit  être enseignée dès le plus jeune âge.

Les expériences menées en classe montrent que des enfants de primaire sont parfaitement capables de comprendre les mécanismes de leur propre cerveau et d'apprendre des stratégies concrètes pour mieux se concentrer. Cette approche métacognitive (comprendre notre fonctionnement, apprendre à apprendre...) doit aujourd'hui être au cœur de la pédagogie. 

II/ une vision neuropsychologique Cerveau et silence de Michel Le Van Quyen

Le silence comme ressource thérapeutique, ses bienfaits sur le cerveau

Un cerveau noyé sous le bruit

Michel Le Van Quyen part d'une observation clinique préoccupante. À travers l'histoire, nos cerveaux n'ont jamais été soumis à un tel niveau de stimulation sonore et informationnelle. Neuroscientifique chercheur à l'Inserm, il s'est intéressé aux effets du silence et aux conséquences du bruit sur notre cerveau contemporain.

Son constat est documenté par des données épidémiologiques claires. Les troubles de l'attention, les insomnies, les états d'anxiété chronique et les burnouts explosent. Il met en évidence de solides corrélations entre l'exposition aux écrans, au bruit urbain et aux flux d'informations numériques et ces pathologies en augmentation constante. Notre cerveau moderne ne sait plus s'arrêter !

Les effets du silence sur le cerveau

Michel Le Van Quyen s'appuie sur une série d'expériences pour montrer que le silence n'est pas simplement une absence de bruit mais un état actif pour le cerveau, qui utilise ces moments pour accomplir des processus essentiels.

Par exemple, durant les périodes de silence, le cerveau s'engage dans ce que les neuroscientifiques appellent la « consolidation mémorielle ». L'hippocampe (structure clé de la mémoire) rejoue en quelque sorte les événements récents pour les intégrer dans la mémoire à long terme. Si le cerveau est stimulé pendant ce processus, il s'interrompt.

Le silence favorise également la créativité. En l'absence de stimuli externes, le mode par défaut du cerveau (dont Lachaux parle aussi) peut se mettre en place librement. C'est dans cet état que surgissent les connexions inattendues, les idées nouvelles, les intuitions... Ce n'est pas un hasard si les grandes découvertes scientifiques ou artistiques adviennent souvent lors de promenades, de bains ou de moments de rêverie. Eurêka !

Le bruit intérieur

Une des contributions les plus originales de Le Van Quyen concerne ce qu'il appelle le « bruit intérieur ». C'est ainsi qu'il parle de la rumination mentale. Cette voix interne incessante, ce flux de pensées automatiques qui occupe notre espace mental en particulier en l'absence de stimuli extérieurs. Chez de nombreuses personnes, ce bruit intérieur peut être pesant au point de ne plus supporter le silence extérieur parce qu'il laisse toute la place à ces ruminations, ces pensées répétitives.

Cette incapacité à supporter le silence est, pour lui, un signal d'alarme clinique qu'il faut prendre en compte. Elle montre que le système nerveux de la personne est en état d'hyper-activation chronique et ne peut plus descendre en dessous d'un certain seuil d'alerte. Il est alors temps de trouver des solutions saines

Le silence comme pratique thérapeutique

Le Van Quyen documente les effets mesurables de pratiques régulières de silence : réduction du cortisol (l'hormone du stress), amélioration de la variabilité de la fréquence cardiaque (indicateur de la santé du système nerveux autonome), renforcement des connexions entre le cortex préfrontal et l'amygdale (ce qui améliore la régulation émotionnelle).

Il explore plusieurs voies pour retrouver ce silence : la méditation, la marche en nature, les cabines de flottaison, les retraites de silence, et plus simplement certaines habitudes quotidiennes comme manger sans écran ou passer quelques minutes dans l'obscurité et le calme avant de dormir.

L'essentiel de son message est à la fois scientifique et presque poétique : le silence n'est pas un luxe pour les personnes contemplatives ni une pratique spirituelle réservée aux monastères. C'est une nécessité neurologique pour tout cerveau humain. Et hélas, nos sociétés modernes nous en privent de plus en plus !

III/ une vision globale On vous vole votre attention de Johann Hari

Un journaliste d'investigation face à la crise de l'attention mondiale

La crise de l'attention est collective et non individuelle

Un jour, Johann Hari a fait le terrible constat qu'il n'était plus capable de lire un livre entier. Qu'il ne pouvait plus tenir une conversation sans vérifier son téléphone. Suite à la visite d'un musée où tout le monde autour de lui était absorbé par son téléphone, il a décidé d'enquêter sur ce phénomène à l'échelle mondiale. Ce qu'il a découvert est stupéfiant. En l'espace de deux décennies, la capacité d'attention moyenne a chuté de façon spectaculaire dans tous les pays industrialisés. Les enfants, les adultes, les personnes âgées... personne n'est épargné.

Cependant, mettre la responsabilité sur l'individu ne satisfaisait pas Hari. Il a voulu comprendre les mécanismes systémiques derrière ce phénomène. Pourquoi notre attention est un enjeux pour les industries de la tech ? La thèse centrale développée par Hari est simple et dérangeante : notre capacité attentionnelle ne décline pas d'elle-même, elle nous est volée !

La distraction est un business model

Hari a interviewé d'anciens ingénieurs de Google, Facebook et Twitter qui lui ont révélé plusieurs secrets de la Silicon Valley. Ces plate-formes n'ont pas pour objectif de vendre des services mais de vendre notre attention à des annonceurs. Leur modèle économique repose entièrement sur le temps que nous passons absorbé-es sur nos écrans, scotché-es sur ces réseaux et applications. Chaque notification, chaque scroll infini, chaque algorithme de recommandation a été conçu par des équipes de psychologues et d'ingénieurs pour maximiser l'engagement et pour nous empêcher de partir.

L'auteur documente comment ces systèmes exploitent nos biais cognitifs les plus profonds : la peur de rater quelque chose (le FOMO ou Fear Of Missing Out), le besoin de validation sociale, la récompense aléatoire qui déclenche les mêmes circuits dopaminergiques que les machines à sous. Les concepteurs de ces applications se sont réellement inspirés des recherches sur l'addiction au jeu.

Les 12 causes profondes identifiées par Hari

Johann Hari identifie douze facteurs qui détruisent notre attention (pas seulement les écrans) :

- le manque chronique de sommeil, la fatigue physique et mentale

- l'effondrement de la lecture soutenue

- l'accélération de tout, le zapping en augmentation

- la paralysie/diminution de nos états de flow

- la perturbation de la pensée flottante, de l'errance mentale saine

- les technologie capables de tracker les habitudes et manipuler

- la glorification du multitâche, pourtant prouvé contre-productif par la science

- l'augmentation du stress et de l'anxiété, qui fragmentent l'attention

- l'augmentation des troubles de l'attention et des TDAH

- la dégradation de l'alimentation, de l'environnement et le manque d'exercice physique

- la diminution des espaces de jeu libre pour les enfants

- la pollution mentale liée à un flux d'informations incessant et anxiogène

La solution est une réponse collective

C'est surtout la conclusion du livre qui se distingue des approches habituelles. Hari refuse les réponses purement individuelles (méditation, mode avion, détox numérique...) car elles font peser la responsabilité sur les individus plutôt que sur les systèmes. Il compare cela au fonctionnement de l'industrie du tabac. Il plaide pour une régulation politique des plate-formes, une interdiction de la publicité ciblée, et une réforme profonde du modèle économique du numérique. Sans ces réformes collectives, demander aux individus de «résister» c'est comme demander à une personne de «résister» à la nicotine alors qu'elle vit dans une usine de tabac.

Ce livre véhicule un message politique précieux. Il est essentiel de se poser les bonnes questions de manière collective.

Ce que les trois livres réunis nous disent

Mis côte à côte, ces trois ouvrages forment une cartographie complète de la crise de l'attention. Lachaux nous explique comment notre cerveau fonctionne et pourquoi il est vulnérable à ces attaques en nous donnant les outils pour comprendre et entraîner nos mécanismes attentionnels. Le Van Quyen nous montre ce que nous perdons quand nous n'offrons plus à notre cerveau les espaces de silence, sas de récupération dont il a besoin, notamment pour se réparer. Hari nous dit pourquoi notre attention est menacée de l'extérieur par des systèmes économiques qui profitent de notre dispersion. 

Ensemble, ils convergent vers une même conviction : l'attention est la ressource la plus précieuse de notre époque. Elle conditionne notre capacité à penser, à apprendre, à créer, à aimer, à nous défendre, à être présents à notre propre vie. Cette ressource est attaquée de toutes parts par l'économie de l'attention, par nos modes de vie, par l'architecture de nos environnements numériques, par la société de consommation. Reprendre le pouvoir sur notre attention exige à la fois une prise de conscience individuelle et un changement structurel collectif.

GUIDE PRATIQUE

Prendre soin de son attention : 20 actions concrètes à mettre en place

Ce guide pratique est organisé en cinq domaines d'action, du plus simple et concret au plus complexe et mobilisant. Chaque action est directement inspirée des travaux de Hari, Lachaux et Le Van Quyen.

Tu peux piocher parmi toutes ces stratégies celles qui te correspondent le mieux. Plus tu en mettras en place, plus les effets seront bénéfiques sur ton attention !

PREMIER AXE : repenser son environnement numérique

Inspiré des travaux de Johann Hari sur l'économie de l'attention, ce premier bloc d'actions vise à réduire la pression des systèmes conçus pour te distraire. Libère-toi des réseaux !

Désactiver toutes les notifications non essentielles

Va dans les réglages de ton téléphone et désactive les notifications pour toutes les applications sauf celles qui concernent des communications directes urgentes (appels, SMS). Les notifications sont le vecteur numéro 1 qui vole ton attention ! Chaque notif que tu reçois crée une interruption. Il te faut alors en moyenne 23 minutes pour retrouver le même niveau de focus dans lequel tu te trouvais (selon des études de l'Université de Californie).

Créer des plages sans téléphone

Définis des horaires fixes où tu placeras ton téléphone hors de portée. Par exemple le matin pendant la première heure, pendant les repas, le soir une heure avant de dormir... Range-le dans une pièce différente ou, si c'est trop difficile de résister, dans un coffre spécial qui s'ouvre au moment programmé. La simple présence d'un téléphone sur une table, même retourné et éteint, réduit de façon mesurable les performances cognitives.

Supprimer les applications les plus chronophages

Identifie les deux ou trois applications sur lesquelles tu perds le plus de temps (ton bilan hebdomadaire de temps d'écran te l'indiquera précisément). Supprime-les, ou à défaut, déplace-les hors de ton écran d'accueil. N'oublie pas de désactiver les notifications de ces applications chronophages. On ne vise pas l'abstinence totale brutale, l'objectif est ici de rompre les habitudes automatiques.

Passer en mode niveaux de gris

Active le mode niveaux de gris dans les paramètre de ton téléphone. Les couleurs vives des icônes d'applications (rouge pour YouTube, le logo bleu de Facebook, le orange caractéristique d'Instagram...) servent à déclencher des réponses émotionnelles immédiates et attirer ton regard et ton pouce. En supprimant cet effet coloré, tu réduis significativement l'attrait compulsif de l'écran. Fini le réflexe de cliquer sans y penser !

DEUXIEME AXE : structurer ton travail pour protéger ta concentration

Ces pratiques s'appuient directement sur les recherches de Jean-Philippe Lachaux sur les mécanismes cérébraux de l'attention et sur l'importance de la gestion des interruptions.

Pratiquer le travail en blocs (deep work)

Réserve des plages de 60 à 90 minutes de travail profond durant lesquelles tu ne seras pas interrompu-e. Ferme ta messagerie, coupe ton téléphone, ferme les onglets non nécessaires. Lachaux insiste sur le fait que le cerveau a besoin de plusieurs minutes pour atteindre un état de concentration profonde et que chaque interruption remet le compteur à zéro. Tu peux commencer par 25 minutes (technique Pomodoro) si 90 minutes te semblent inaccessibles.

Préparer la tâche avant de commencer

Avant d'entrer dans une session de travail, définis précisément ce que tu vas faire (par exemple « rédiger environ 400 mots de la deuxième partie » plutôt que « travailler sur la rédaction de mon mémoire »). Lachaux montre que l'imprécision de l'objectif est l'une des principales causes de décrochage attentionnel car le cerveau ne sait pas où «accrocher» son attention.

Accepter la distraction plutôt que la combattre

Quand une pensée parasite surgit pendant le travail, note-la sur un papier à côté de toi et reviens à ta tâche. Cette technique inspirée des pratiques mindfulness que Lachaux recommande, permet de « vider » la pensée sans la réprimer. La répression cognitive est paradoxalement plus coûteuse en ressources attentionnelles que l'accueil bienveillant de la distraction. Si tu notes ton idée, tu pourras facilement arrêter d'y penser, plutôt que si tu n'arrêtes pas de te dire « Ce n'est pas le moment de penser à ça ! ». Tu connais le truc : « Ne pense pas à un ours blanc » ;) !

Protéger ses matinées

Les ressources attentionnelles sont à leur maximum en début de journée pour la majorité des gens. Évite de commencer par les e-mails ou les réseaux sociaux. Commence directement par la tâche la plus importante et la plus exigeante cognitivement. En ouvrant ta messagerie dès le réveil, tu entres immédiatement dans le mode réactif (répondre aux demandes des autres) plutôt que dans le mode focalisé. Sois attentif-ve à ton fonctionnement personnel : repère le moment de la journée où tu es à ton top (si cela n'est pas le matin) et protège avec soin ces plages horaires.

TROISIÈME AXE : intégrer le silence dans le quotidien

Ces pratiques sont directement inspirées des travaux de Michel Le Van Quyen sur les effets neurobiologiques du silence et des espaces de récupération cognitive.

Créer un rituel de silence matinal

Commence ta journée par cinq à dix minutes de silence complet avant de consulter téléphone, radio ou écran. Assieds-toi et ne fais rien de particulier. Offre à ton cerveau un espace de transition entre le sommeil et l'activité. Michel Le Van Quyen documente comment cette simple pratique réduit les marqueurs de stress dès les premières semaines. Cette pratique permet aussi de limiter les ruminations du soir ou de la nuit (voir mon atelier «stop aux ruminations»).

Marcher sans écouteurs

Lors de tes déplacements à pied, résiste à l'impulsion de brancher un podcast ou de la musique à chaque sortie. La marche en silence, en particulier en nature, active précisément les circuits du mode par défaut que Le Van Quyen associe à la récupération cognitive et à la créativité. Même une marche de dix minutes sans stimulation sonore produit des effets mesurables sur l'humeur et la clarté mentale. Souviens-toi de l'effet eurêka !

Manger au moins un repas par jour sans écran

Le repas pris devant un écran est une double perte : on mange sans conscience de la nourriture et on se distrait sans réellement se reposer. Mets en place au moins un repas par jour (voire tous les repas si tu peux) dans le silence (ou une conversation avec quelqu'un), sans écran. Ce moment simple est l'une des rares pauses cognitives que nous offrons naturellement à notre cerveau dans une journée.

Pratiquer la méditation de pleine conscience (seulement si tu n'as pas de contre-indication)

Dix minutes de méditation quotidienne (en utilisant une application guidée, ou simplement en suivant ta respiration) ont des effets mesurables en quelques semaines. Les trois auteurs s'accordent sur ce point : la méditation est l'un des outils les plus validés scientifiquement pour renforcer l'attention. Je n'ai personnellement pas ce point de vue, mais je te partage tout de même cette info si ça te parle.

QUATRIÈME AXE : prendre soin des structures biologiques de l'attention

Lachaux et Le Van Quyen insistent tous deux sur le fait que l'attention est d'abord un phénomène biologique. Sans ces fondations, aucune stratégie comportementale ne peut pleinement fonctionner.

Protège ton sommeil comme une priorité non négociable

Après une nuit de sommeil insuffisant, les études montrent que la performance attentionnelle chute de 20 à 40 % même si la personne ne ressent pas de somnolence. Le sommeil est la période durant laquelle le cerveau et ses mécanismes de l'attention sont en maintenance. C'est pendant le sommeil lent profond que les déchets métaboliques sont éliminés, que les souvenirs sont consolidés et que les circuits de l'attention sont restaurés. La bonne durée de sommeil se situe entre 7 à 9 heures. Évite les écrans une heure avant le coucher (la lumière bleue retarde la sécrétion de mélatonine). Tu peux aller écouter cet épisode de podcast pour en savoir plus.

Bouger régulièrement

L'exercice physique régulier est l'un des rares facteurs qui augmentent durablement la production de BDNF (facteur neurotrophique dérivé du cerveau), une protéine qui favorise la croissance et la survie des neurones. Trente minutes de marche rapide ou de sport modéré, cinq fois par semaine, produisent des améliorations mesurables des fonctions exécutives et de la mémoire de travail en quelques semaines.

Surveiller sa consommation de caféine et d'alcool

La caféine améliore l'attention à court terme mais perturbe le sommeil si elle est consommée passé 14h (voire 11h chez certaines personnes) créant une dette de récupération qui se paie le lendemain. L'alcool, même en quantités modérées, fragmente les cycles de sommeil et réduit le sommeil profond réparateur. Ces deux substances peuvent saboter silencieusement ton capital attentionnel.

CINQUIÈME AXE : une relation plus consciente à l'information

Ces pratiques répondent directement aux recommandations de Johann Hari sur la façon de reprendre le contrôle face à l'économie de l'attention.

Définir des moments précis pour consulter les actualités

Remplace la consultation impulsive/compulsive des actualités (vérifier ton téléphone 150 fois par jour) par deux à trois moments définis : le matin, le midi, le soir. En dehors de ces plages, évite les sites d'information et les réseaux sociaux. La majeure partie de l'information disponible en continu n'est ni urgente ni utile : elle est conçue pour nourrir l'anxiété et le sentiment d'urgence qui vous maintient accroché-es à l'écran. Privilégie un support papier si tu peux ou un site d'information dédié comme celui de ton journal préféré par exemple.

Reprendre la lecture longue

Relire des livres (de vrais livres papier de préférence) est l'un des meilleurs exercices d'attention soutenue qui existe. Par exemple tu peux commence par 15 à 20 minutes par jour dans un endroit sans téléphone. Choisis des livres qui te captivent, tu auras d'autant plus envie de t'y plonger. La lecture longue entraîne précisément les circuits que la navigation sur internet atrophie. Elle favorise la capacité à maintenir le fil d'une pensée complexe sur une durée prolongée. Dans son livre, Hari raconte comment cette pratique simple a transformé sa propre relation à l'attention.

Créer des rituels de déconnexion hebdomadaire

Instaure une demi-journée ou une journée complète par semaine sans aucun réseaux sociaux, sans actualités, sans streaming. Utilise ce temps pour des activités qui nécessitent une attention calme et durable. Voici quelques idées : cuisine, jardinage, bricolage, lecture, conversation en face à face, jouer d'un instrument... Ces activités entretiennent les circuits cognitifs que les interfaces numériques court-circuitent toute la semaine. Tu peux, par exemple, construire ton dopamine menu grâce à mon pack en ligne.

CONCLUSION : une résistance est possible !

Ne vois surtout pas ces vingt actions comme des contraintes supplémentaires dans ta vie déjà surchargée. Mets-les en place selon tes appétences et tes besoins comme des protections. Ce sont des espaces que tu choisis ! Des espaces pour préserver ton cerveau et donc pour protéger ton bien-être.

Hari, Lachaux et Le Van Quyen s'accordent sur un point essentiel : l'attention n'est pas perdue. Elle est diminuée, fragmentée, détournée et même volée ! Mais elle peut se reconstituer si on en prend soin. Le cerveau conserve sa plasticité jusqu'à la fin de la vie. Quelques semaines suffisent pour voir les premières améliorations mesurables. Quelques mois transforment durablement les circuits attentionnels.

Ce qui est en jeu derrière cette question de l'attention, c'est la qualité même de nos vies. Notre capacité à être présents à ce qui compte : une conversation, un livre, un paysage, une idée. Notre capacité à penser par nous-mêmes, à conserver notre esprit critique, à résister à la manipulation, à apprendre, à nous ennuyer sans paniquer et à laisser cet ennui produire des choses nouvelles.

« L'attention mérite que l'on y fasse (plus) attention. »

Sources :

Johann Hari, On vous vole votre attention (Stolen Focus), 2022

Jean-Philippe Lachaux, Le cerveau attentif, 2011

Michel Le Van Quyen, Cerveau et silence, 2019

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